CIVISME ET POLITIQUE

QUEL CIVISME PRATIQUER?

PRATIQUER L'IMPOSSIBLE.

 

 

Civisme et politique 

vus du point de vue biblique

 à la lumière de Jésus 

et de son évangile




11 accélération de l'histoire

13 Voici l'homme

15-devoir de désobeissance

16 Jesus notre seul avenir

17-BABEL orgueil des hommes

18-92ans evolution

19 Dieu-la religion-l'Eglise

20-vive l'Apocalypse-accueil.

21-accueil-l'imminence de la fin

22-conduite-a-adopter


23accueil-harmaguedon.

24000-accueil-jerusalem.


Pratiquer l'impossible

8110 Préliminaires. 

8200 : Un chemin impossible.

8300: doit on changer de civisme?

8310: les lignes rouges.

8400 : objections.

8500: engagements.

8600 : pratiquer.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

DOIT-ON CHANGER DE CIVISME?

Oui, tout homme doit changer de civisme.

Car le civisme naturel à chacun n'est pas selon Dieu.

Or " Le Royaume de Dieu est proche", proclame l'Évangile.

Et il ajoute, comme conséquence éthique de ce fait: " Changez donc de mentalité et de conduite!"

SORTIR DU MONDE?

Dés les premiers siècles le monachisme a répondu " oui" à cette question. Anachorètes, ermites, ascètes solitaires puis moines de toutes sortes voulaient sortir de ce monde impur et mauvais afin de vivre une meilleure fidélité à Dieu. Peut-être, d'ailleurs, ces chrétiens cherchaient-ils plutôt à s'éloigner d'une Église trop conforme au monde, depuis longtemps déjà?

Or cette démarche-là ne correspondait pas à la volonté de Jésus pour les siens, de tous les temps. Il demandait au Père ceci: " Père Saint je ne te prie pas pour les ôter du monde mais de les garder du Mauvais". ( Évangile de Jean 17. 15 ). Comme le dit fort bien une note de la T.O.B." La tâche de la communauté des disciples est d'être au milieu des hommes, la manifestation du monde eschatologique ( = du Royaume de Dieu qui vient). Cette tâche conduit nécessairement à l'affrontement du mal et de la haine, que seule l'aide du Père permettra de surmonter. Fuir cet affrontement et ses douloureux problèmes, ce n'est pas pratiquer la morale d'un citoyen de la cité du Messie Jésus.

Je suis toujours impressionné par l'accord parfait qu'on doit remarquer entre la morale du maître et celle de son apôtre Paul. Celui-ci est très précis et très clair lorsqu'il conseille ses frères de Corinthe au sujet d'une question très pratique, celle des procès devant les tribunaux. Il vaut la peine de citer ce passage car il paraît très important pour comprendre à quel point il est difficile de pratiquer en ce monde une vraie " éthique chrétienne": morale de conviction, de responsabilité, de sainteté, de liberté et d'amour, tout cela à la fois. 

" Je vous ai écrit de ne pas avoir de relations avec les débauchés ( Chouraqui traduit par: " les putains" ) Non pas en général les débauchés qui sont en ce monde, dans ce cas vous seriez obligés de sortir de ce monde! En fait, je voulais vous dire de ne pas fréquenter quelqu'un qui porte le nom de frère ( en Christ) mais qui est débauché, ou profiteur ou idolâtre... Ceux du dedans ( de la communauté ecclésiale) n'est-ce pas à vous de les juger? Ceux du dehors, c'est Dieu qui les jugera"

(1 Corinthiens 5. 9 à 12 )

 

Brève instruction civique n° 4

 

" Lorsque vous avez un différend entre vous, comment osez vous le faire juger par des infidèles, et non devant des gens consacrés au Seigneur ( les saints )? Ne savez-vous pas que ce sont les saints qui jugeront le monde et les anges ? A plus forte raison, peuvent-ils juger les affaires de cette vie?

Quand donc vous avez des litiges entre vous, vous faites appel à des gens dont la communauté n'a que faire? Je le dis à votre honte. Ainsi n'y a t-il parmi vous un seul homme sage qui puisse départager ses frères?

Mais un frère plaide contre un frère, et cela devant des infidèles! C'est déjà certes un défaut chez vous que d'avoir des procès les uns avec les autres. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller?

Mais c'est vous qui commettez l'injustice et qui dépouillez, et c'est envers des frères que vous agissez de la sorte! Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n'hériteront le royaume de Dieu.

Voilà ce que vous étiez, du moins quelques-uns parmi vous.

Mais vous avez été lavés, sanctifiés, justifiés

au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l'Esprit de notre Dieu.  "

 (1 Corinthiens 6. 1 à 11)

 

Je n'ignore pas que la Chrétienté historique a trouvé dans cette page de l'apôtre Paul la justification des " tribunaux ecclésiastiques" et l'institution de l'Inquisition.  Et cela, d'ailleurs, continue aujourd'hui! On voit, là aussi, la profondeur de la perversion de l'Église par le système et la morale de chrétienté.

Je sais aussi l'usage pervers qu'on fait de ce texte dans certaines communautés sectaires, légalistes ou " illuminées". Par une longue expérience, je comprends très bien que ces fortes et très fines paroles de Paul sur le comportement " citoyen" des adeptes du Christ ne peuvent absolument pas être admises, reçues et pratiquées par les Églises établies et officielles. L'ecclésiologie de celles-ci est en contradiction avec l'ecclésiologie des apôtres fondateurs et de Jésus lui-même. En particulier le " multitudinisme" voulu et installé qui met à égalité, et mélange une foule de "chrétiens nominaux" (= de nom) et un nombre souvent réduit de fidèles disciples de Jésus désireux de sainteté et de consécration, ce multitudinisme-là rend totalement impossible une réforme de la foi et des moeurs dans le sens voulu par l'apôtre choisi par Jésus.

INCIVILITES
Bien peu employé aujourd'hui, ce mot désigne tout comportement ou toute attitude qui va à l'encontre de la politesse, du respect d'autrui, de l'amabilité ou de la sociabilité. Quiconque s'en rend coupable sera qualifié de mal élevé, de rustre,de peu civilisé, d'insolent ou d'insupportable, et de " goujat".

Si j'en énumère ici quelques formes courantes aujourd'hui c'est simplement pour me souvenir que la pratique de l'amour du prochain se fait d'abord dans ces " petites choses". Elles n'ont l'air de rien, elles paraissent sans importance. pourtant c'est par elles que se dévoile l'égoïsme foncier et primaire de l'individu... et la nécessité pour lui de changer de civisme.

Jeter un mégot sur la route, par la fenêtre ouverte de sa voiture, sans se préoccuper des conséquences prévisibles, par exemple en temps de sécheresse.....

A table, se servir abondamment le premier sans se soucier le moins du monde s'il restera quelque chose ou un bon morceau pour les autres....

Sur l'autoroute, faire une " queue de poisson" à un automobiliste qui nous a un peu trop agacés....

 Voler des fleurs fraîchement plantées, dans un jardin public, sous prétexte que tout ce qui appartient à la collectivité m'appartient....

Trafiquer ma moto ou mon cyclo pour qu'il fasse le plus de bruit possible, à quatre heures du matin, puis descendre à toute vitesse en sens interdit la rue qui longe une maison de retraite.....

Être bien assis dans un train bondé et regarder sans rien faire une femme enceinte qui se tient debout avec un marmot accroché à ses basques.....

Pester contre la société de consommation et le laisser aller des gouvernements tout en consacrant soi-même des sommes considérables à la toilette de son cher caniche et en enrichissant le vétérinaire....

Prendre le parti du " droit de propriété" des propriétaires de grands immeubles parisiens insalubres où meurent brûlés vifs les petits enfants africains, et se hâter de zapper pour ne pas penser à ça et vite regarder la " télé réalité"...Et.c.......Et.c......Et.c......Et.c......

Je le demande: un disciple de Jésus peut-il s'abaisser au niveau d'un tel incivisme? Ne doit-il pas être un modèle de civisme?

TOUS RESPONSABLES ET COUPABLES

Responsables?

Le chrétien ne peut pas dire: " je ne le suis pas!" et je parle ici du désordre, du chaos et de l'injustice mondiale. Trop commode de se laver les mains et de jouer à faire l'autruche, en accusant toujours les autres d'être responsables.

Dans la mondialisation accélérée de la société humaine, la culpabilité des chrétiens augmente et s'accélère elle aussi. Par exemple si j'achète des actions pour qu'elles me rapportent de plus en plus d'argent grâce aux performances économiques de tel grand groupe international, je ne peut pas ignorer que je vais multiplier les pauvres dans tel pays africain.

Coupables donc?

Oui, à coup sûr, et tous responsables, sans exception, ne serait-ce que par un silence lâche et de secrets consentements. En votant pour déléguer mes pouvoirs de citoyen aux députés et au chef de l'État, je suis responsable du budget de la Défense et coupable de l'utilisation éventuelle des armes de destruction massive. J'approuve l'usage des engins de mort. Et même si, devant les hommes, nous sommes blanchis et innocents, nous ne le sommes assurément pas devant Dieu!

Dans notre pays, la suppression du service militaire obligatoire donne le change et donne aux chrétiens l'illusion qu'ils ne sont plus concernés par l'appel du Maître à l'objection chrétienne aux armes meurtrières. Mais si ton fils te dit qu'il veut s'engager dans l'armée, quel conseil lui donneras-tu?

Mais de plus en plus coupable chaque chrétien le devient au fur et à mesure qu'il exerce de la responsabilité directe dans le Pouvoir politique, le Pouvoir militaire ou le Pouvoir financier. Plus il monte dans la hiérarchie des décideurs et plus il " aggrave son cas" devant le tribunal du Christ. S'il est exact que le Pouvoir militaire est, par nature, de caractère antichristique et diabolique, il en résulte que le chrétien coopère avec le diable d'autant plus étroitement qu'il a des fonctions politique de haut niveau. Il y a des responsabilités de " devoir civique" dont le disciple de Jésus doit s'abstenir par principe, par exemple exercer le métier des armes ou simplement apprendre à utiliser des armes faites pour tuer: un marteau n'est pas fait pour tuer nécessairement mais un missile, ou un fusil mitrailleur, n'existe que pour tuer, s'il le faut.

PRINCIPES ET LIMITES. 

 Il y a des principes, et il faut qu'il y en ait, pour que, le moment de l'affrontement venu, le courage et la force de tenir sur une position intenable soient au rendez-vous. Si on n'a pas à la base de la conscience, un principe bien enraciné, l'objection de conscience ne pourra pas être improvisée en quelques instants, " à chaud", je veux dire lors d'une décision risquée et dangereuse à prendre. A cet instant critique c'est la peur qui déterminera mon comportement et c'est mon inconscient qui me dirigera. 

Je prendrai quelques exemples: Si un jeune chrétien de dix huit ans, formé et éduqué pour un civisme selon Jésus, fonde solidement sur l'évangile son principe moral de refus de l'emploi des armes meurtrières, il aura le courage d'affirmer son objection de conscience lors d'une " journée citoyenne" où il sera convoqué. Sinon, improvisera-t-il ce comportement, le moment venu de la décision? Par contre, si mon esprit civique me fait un devoir de me refuser par principe à toute infraction au code de la route, ne vais-je pas m'habituer à m'interdire toute non-obéissance du code et toute fantaisie?

A l'inverse, si je n'observe les règles que par peur du gendarme ou à proximité d'un radar, si je méprise la vie d'autrui et si mon " ego" hypertrophié me pousse sans cesse à " faire le malin", mon principe directeur de vie sera, en fait celui-çi:" Mais moi, rien que moi, toujours moi.!" Mais je risque bien de devenir vite un assassin....

Qu'ainsi l'ordre " moi je vous dis d'aimer vos ennemis" et le commandement " tu aimeras ton prochain comme toi-même" soient le grand Principe éthique posé radicalement à la base de tout comportement selon le Christ Jésus. Ce principe supporte-t-il des exceptions? Non, aucune, et jamais.

Mais, au service de cette loi de Dieu, ne peut-il pas arriver que, en certains "cas-limites", l'amour me demande de transgresser la lettre de la Loi, par exception? Oui! Je donne ici un seul exemple: pendant l'occupation de la France par l'armée allemande, il arrivait qu'un chrétien cachât dans sa maison quelque juif traqué. Si la Gestapo surgit chez lui et le somme de dire s'il cache des juifs, ce chrétien à mon avis, doit mentir, répondre " non" et transgresser le Décalogue: " Tu ne diras pas de faux témoignage". " AMOUR! "

Oui, c'est l'amour du prochain et de l'ennemi qui, en cette situation exceptionnelle qui est un "cas-limites", m'autorise a mentir énergiquement. En transgressant la Tora, la loi de Dieu, je vais peut être sauver des vies, celle de ces juifs que je cache chez moi. En leur donnant une très dangereuse hospitalité j'avais déjà, d'ailleurs, transgressé le lois iniques de mon État complice de l'ennemi. Mais l'amour ( la "loi de Christ" ) m'en faisait un devoir. J'ajouterai une question: en agissant ainsi, comme citoyen du Royaume de Dieu, ai-je fait du mal à ces diaboliques policiers allemands? Certainement pas.! Peut-être même aurai-je travaillé à leur bien, y compris dans l'hypothèse où, arrêté moi aussi en même temps que ces malheureux découverts par une fouille minutieuse des lieux, j'aurai pu leur donner mon témoignage de Jésus!

Mais attention, de grâce! Que la transgression exceptionnelle des dix commandements ne cède pas la place à la transgression permanente et systématique des commandements! Que la loi ne soit pas abolie! Que les principes restent la base de mon civisme! Car les libres inspirations du Saint Esprit n'iront jamais contre cette loi du Christ.

LES DEUX LIGNES ROUGES.

Pour faire bien comprendre ce qui précède et ce qui va suivre, et pour repousser toute accusation soit d'illuminisme soit de légalisme, je me permets de redire ici ce que j'écrivais 4230-lignesrouges.htm

 Faisons une comparaison. Au sommet de la Montagne Noire, autour du Pic de Nore, l'hiver, il peut arriver qu'il y ait beaucoup de neige. La couche de neige cache alors complètement la route goudronnée qui monte jusqu'au sommet. Mais on a planté, de chaque coté de la route, une ligne de poteaux rouges qui délimitent le tracé de la route. Est-ce pour agacer ou terroriser l'automobiliste? Au contraire, c'est pour l'aider, le protéger et le sauver. Les deux lignes rouges sont les deux injonctions, les deux lois qui fixent la conduite et qui disent en permanence ( en temps de neige et dans le brouillard aussi! ): " Attention! au-delà de ces deux lignes c'est l'erreur, l'errance, le danger et peut-être l'accident mortel! Ne transgressez pas ! "

Ainsi en est-il des deux lignes rouges que sont les commandements du Seigneur:

" Un spécialiste, docteur de la loi,demanda à Jésus: Maître, quel est le plus grand commandement de la loi?

Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée.

C'est le premier et le plus grand commandement.

Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes."

(Matthieu 22. 34 à 40 )

Tu aimeras le Seigneur,Tu aimeras ton prochain y compris ton ennemi privé ou public .

Deux principes intangibles qui déterminent le civisme de tout disciple de Jésus. Voilà les deux lois fondamentales, les deux lignes rouges à respecter quelles que soient les situations et les circonstances. Sinon, c'est la désobéissance à Dieu,"l'apostasie" et la dérive vers les abîmes de la violence meurtrière et le déchaînement des passions collectives. C'est en restant fidèlement entre les deux lignes que le chrétien " tiendra la route" et pourra " marcher selon l'Esprit Saint".

Dès lors, à coup sûr, le citoyen du Royaume sera souvent en accord avec le civisme " citoyen" prôné par l'idéologie de l'État républicain :" liberté, égalité, fraternité ". Mais aussi, il sera souvent en désaccord et en contradiction avec cette même morale " laïque et humaniste" du patriotisme communément enseigné et pratiqué en " chrétienté". Voir La chrétienté,perversion de l'église.

C'est en particulier le cas pour la loi du Christ qui dit: " Tu ne tueras pas!" Nous y reviendrons plus loin.

Mais je me permets pourtant ici, de mettre en garde les jeunes chrétiens contre une catéchèse courante qui tend à nier le caractère radical de "la loi du Christ" et la non-violence radicale prêchée par le Maître. Ce négationnisme et ce relativisme s'accompagnent d'une peur inconsciente de contrarier les jeunes ( et les adultes aussi ! ) en leur prêchant d'une part l'obéissance et la soumission et d'autre part la désobéissance pour motif de conscience et le civisme d'objection de conscience civique. Force est de constater que la pensée théologique dominante et bien des théologiens à la mode, " dans l'air du temps", influence en sens inverse le civisme habituel des chrétiens. On préfère écrire de savants articles, ( ou même des livres sur l'amour des ennemis), qui fonctionnent, à la base des Églises, comme des anesthésiques accentuant le sommeil civique et politique des croyants.

Ceux-ci, pourtant, sont déjà suffisamment chloroformés et mis en condition par la société de consommation et les techniques d'avilissement et de conformisme! L'Évangile seul pourra les libérer et les réveiller. Rien que l'Évangile mais tout l'Évangile.

APPRENDRE A DÉSOBÉIR;

En écrivant ces quelques lignes je pense à la jeunesse et, en particulier, aux jeunes chrétiens. Et, pour que tout soit clair, je résume ma pensée ainsi: il faut enseigner aux jeunes, dès la petite enfance, à toujours obéir ( à leurs parents, leurs maîtres.....) sauf, sauf lorsque Dieu lui-même commande de désobéir. " Inouï ! Impossible !" va-t-on me dire. Eh bien non!

Prenons comme exemple la question cruciale de la résistance à la violence de l'État et de la désobéissance aux autorités politiques et militaires de la Nation. Est-il juste d'apprendre aux jeunes, en morale civique, à désobéir à ces Pouvoirs établis dans le cas où l'obéissance à leurs ordres et à leurs lois serait une désobéissance à Jésus et à la Loi de sa Cité qui vient? Ma réponse sera affirmative: Oui ! Puisque l'Etat-Nation ( et sa religion patriotique) m'ordonne d'être disponible à le servir par l'usage des armes de mort pour tuer d'éventuels ennemis, je dirai un "non" résolu à de telles exigences qui m'empêchent et m'interdisent d'aimer les ennemis publics: j'obéis à Jésus.

Ce choix pour Jésus et contre "César" je voudrais l'enseigner à mes enfants et mes petits enfants. Je voudrais qu'une telle objection de conscience à la guerre et au meurtre " légal" soit généralisé dans l'Église à travers le monde. Je rêve que les chrétiens en viennent vite à se désolidariser de tous ceux des leurs qui exercent le Pouvoir au sommet des États et en haut des hiérarchies militaires et financières, afin que la désobéissance civile non-violente de l'Église ne leur permette plus de dire que " Dieu est avec eux" dans l'exercice du Pouvoir.

Oui d'un coup, les chrétiens seront rejetés aux marges de la société mais c'est à rejoindre ces chrétiens-là qu'il faut inviter notre jeunesse.

C'est cela, dire " Stop ! " à la " chrétienté" qui fait tant de mal au monde.

Rétrospectivement, je remercie Dieu parce qu'en 1940-1945 il a démoli en moi le principe hérité des ancêtres: l'obéissance inconditionnelle aux Pouvoirs et le principe du Devoir sacré du service armé. A partir du moment où deux autorités suprêmes s'affrontaient ( celle de Pétain et celle de de Gaule), en ma conscience s'imposait le recours à la Parole de Dieu pour chercher la voie d'une juste obéissance et d'une juste désobéissance en matière de civisme chrétien.

IMPROVISATION PAR L'ESPRIT

La conduite  citoyenne, en ce monde, du citoyen de la Cité à venir, jouit d'une telle liberté qu'on peut la décrire comme une perpétuelle improvisation. C'est une marche qui va d'improvisation en improvisation. C'est une libre créativité qui s'attend toujours à de l'inattendu et reste toujours ouverte à des réponses peut-être inédites qu'on pourra donner le moment venu. La Loi, elle doit être là. Mais c'est le Saint Esprit, souffle d'inspiration venant de notre Père et donné par Jésus, qui sera le maître de cette improvisation permanente. Non pas notre fantaisie ou nos secrets désirs, non pas le meilleur de notre spiritualité ou de notre logique mais l'Esprit saint seul, témoignant à notre esprit et à notre volonté:

"Si nous avons la vie ( éternelle) grâce à l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit..."

Marchez sous l'inspiration de l'Esprit et vous ne pratiquerez plus ce que la chair ( votre nature pécheresse) vous pousse à faire...."

(Lette aux Galates 5. 13 à 25)

"Être conduit par l'Esprit, voilà l'accomplissement de la Loi tout entière, par l'amour..."

( lettre aux Romains 8.1 à 17 )

Or ce saint esprit est promis et donné à quiconque se donne à Dieu et le sert par la foi obéissante à Jésus Christ. Ce n'est pas un luxe réservé à une élite !

Mais, à l'inverse, le Saint Esprit n'est nullement à confondre avec l'esprit de " bonne volonté, religieux ou humaniste, dont la sagesse est largement répandue sur tous les humains.

Aussi les chrétiens ne peuvent-ils pas imposer leur morale à la société où ils vivent. .Le Décalogue n'est pas un code moral à proposer aux États ! Encore moins le sermon sur la montagne de Jésus ( Matthieu 5 !) Les " principes" indispensables dont je parlais plus haut deviendraient nocifs et violents s'ils ne vont pas de pair avec la liberté d'amour et de miséricorde que donne la vie " dans l'Esprit Saint"! Par exemple ne demandons pas à la société civile de pratiquer la non-violence et le pacifisme radical: elle ne le peut pas ! Mais l'Église, elle, le doit!

Par contre, que le chrétien prie pour que le magistrat qui " porte le glaive" soit pacifique et juste. Mais que lui-même s'abstienne d'être ce magistrat-là, disponible pour tuer ! Quand à tous nos semblables dans la cité, qu'ils deviennent tous disciples ardents de Jésus: alors ils pourront pratiquer le civisme de Jésus ! Sur ce choix difficile entre obéissance ou désobéissance aux Pouvoirs établis, le penseur chrétien Jacques Ellul nous aide remarquablement à y voir clair. Je crois utile de citer ici quelques unes de ses réflexions:

" Il y a une sorte d'habitude mentale d'assimiler sainteté et obéissance. On fait de l'obéissance la seule vertu cardinale, la clef de voûte de toute la vie chrétienne. Alors s'efface la question: obéissance à quoi? à qui? De fait ce ne sont plus, alors, les commandements de Dieu qui sont les plus importants et décisifs mais aussi bien les commandements de l'Église, et l'obéissance à un supérieur social ( un chef politique, un mari, un père) qu'à un supérieur religieux ( le prêtre, l'évêque, le Pape......) l'obéissance absolue, " les yeux crevés", devient alors l'équivalent de la sainteté.

( En réalité ), le Dieu absolument saint communique sa sainteté à celui qu'il choisit. Celui-ci entre alors dans un jeu complexe d'obéissances, d'accomplissements, de silences, de découragements, de désobéissances, de révoltes, d'engagements, de détachements. Mais, dans chacun de ces temps, Dieu est à nouveau présent et rectifie sa propre pédagogie."

( J. Ellul: Éthique de la sainteté")

 
 

" Ma brève expérience politique de dix mois, au lendemain de la libération, m'a démontré que l'action politique dans les cadres actuels est une sale fumisterie et rien de plus. Je ne répugne pas à me compromettre ni à me salir les mains; mais je n'accepte pas cette saleté à l'avance.... Je ne dois pas considérer que " se salir les mains" est une condition de l'action, mais une défaite dans l'action. Or c'est cette adhésion, donnée à l'avance à la saleté politique, qui provoque en fait toutes les turpitudes du monde politique."

J. Ellul:" Engagement et désengagement" ( Journal " Réforme" 21-01-1950)

 

La perversion du christianisme

"L'Évangile nous appelle à dépasser la loi pour vivre dans l'économie de l'amour et de la liberté. Mais la liberté est un combat, et l'amour un engagement exigeant. Parfois nous ne les vivons pas, car nous ne sommes pas en permanence dans l'économie de la grâce. Dans ces cas, heureusement qu'il reste la loi pour nous guider. Ainsi notre vie s'inscrit dans un va-et-vient entre la loi et la liberté, n convient simplement de ne pas oublier que la grâce est au-delà de la loi et jamais en deçà, sinon nous tombons sous le jugement de cette diatribe de Jacques Ellul : « Nous prenons prétexte de la grâce pour négliger la Loi et vivre en dessous de ses commandements. Libéré de la Loi, cela veut dire pour mon esprit vicieux que je n'ai pas besoin de donner la dîme, et qu'il suffït de donner dix sous. Libéré de la Loi, cela veut dire pour ma cupidité que je n'ai pas à laisser la jachère libre dans mon champ pour le pauvre -.je puis tout racler. Libéré de la Loi, cela veut dire pour ma dureté que je n'ai pas à être exact et juste dans le salaire de mes ouvriers, mais que je puis les pressurer à mort... Cette interprétation qui est la plus courante, qui est constante chez nous chrétiens, est seulement la marque de notre aveulissement, de notre hypocrisie, de notre mensonge, de notre sottise, de notre vanité... Les Puritains et les littéralistes avaient dix mille fois plus de sérieux que nous qui faisons de la liberté une comédie, de la grâce un prétexte, de la foi un sentiment, de notre vie le plus plat des conformismes sociaux. Nous sommes des fornicateurs de l'amour de Dieu en prétextant de notre liberté pour violer cent fois par jour les commandements. » •

. Jacques Ellul, Éthique de la liberté, L1, Labor et Hdes, p. 173s. RÉFORME N" 3087
suite :     8310-lignesrouges.htm

Georges SIGUIER  1920--2016
 (Pasteur, Église réformée de France)  


 

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